29/08/2013

Chapitre deux. La mise à nu de la coque part one

Après cet hiver long et  froid, ce printemps qui n'en n'avait que le nom et cet épisode estival marqué par une chaleur accablante qui a transformé le hangar où est réfugiée Paquita en four, j'ai enfin pu commencer les travaux de remise en état de la coque.

Pour débuter, j'ai eu la chance d'avoir l'aide précieuse de mon neveu Lionel, qui a commencé le décapage de la coque.

Lors de ma visite précédente, j'avais constaté que le chantier avait traîné avant de placer le bateau à l'abri et qu'il s'était rempli de quelques centaines de litres d'eau.

Depuis, je l'avais laisser sécher et la première visite fut consacrée à un état des lieux.

 

Première constatation: malgré les sept mois passés au sec sous abri, la coque montre encore des signes d'humidité ça et là, surtout dans les fonds bien sûr, mais pas seulement, sous la peinture se trouvent des zones qui n'ont pas séché ou très peu?

Il est donc impératif de mettre le bois à nu partout afin de permettre au bateau de sécher uniformément.DSC08900.JPG

Seconde constatation: là où le bois était déjà à nu les lattes de bordé se sont écartées, ce qui est normal, ce qui l'est moins, c'est que ces jointures laissent apparaître des joints faits avec du mastic polyester de carrosserie automobile.

 

 

 

Vue de l'écart entre les lattes et de ce qui a été utilisé pour le combler

J'ai laissé intentionnellement dépasser le morceau de mastic polyester utilisé par mes prédécesseurs pour combler l'espace entre les lattes.

 

C'est donc de ces fissures mal réparées, avec les mauvais produits que percolait lentement l'eau qui envahissait les compartiments avant du bateau, invisibles à flot les microfissures dans la peinture laissaient passer l'eau qui avait fini par avoir raison du polyester, dont la résistance mécanique est nulle en collage.

Le livre des frères GOUGEON à l'origine des produits WEST SYSTEM® "savoir réparer son bateau en bois" explique très bien la marche à suivre pour réparer et consolider une coque en bois en creusant ces fissures pour les remplir ensuite d'un mélange de résine chargée, mélange qui collera définitivement les lattes entre elles en assurant à la coque une meilleure résistance aux contraintes mécaniques.

 

 

 

DSC08931.JPG

Une vue d'une réparation étanchée au moyen de mastic polyester (en blanc dans les interstices).

 

A l'examen, je constate également que dans son ensemble le bois en bien conservé et que ce bateau est très loin d'être pourri comme le disait le dieu des réparations de Tarragone, Jésus (prononcez rrrézouss!!!) en personne.

Autour de l'étrave, seules le bout de certaines lattes de bordé est endommagés et demanderont un traitement radical, à savoir l'ablation des parties touchées et leur remplacement par un bois qui sera soit d'essence identique, soit d'une essence équivalent tant en densité que dans ses propriétés mécaniques.

Je vais tenter de récupérer les vis de cuivre qui les fixent sur les couples et sur la pièce d'étrave pour les réutiliser pour la fixation des nouvelles pièces, elles participeront au maintient de celles-ci durant la phase de collage de l'époxy.

Reste à savoir si je vais couvrir toute la coque, tant au-dessus qu'en dessous de la flottaison, au moyen de tissu et d'époxy, je dois encore me renseigner là-dessus et obtenir l'avis éclairé de professionnels, nous verrons donc ça plus tard.

 

Chaque chose en son temps donc, en premier il faut décaper la coque et ôter la peinture à deux composants et la couche d'apprêt et pour cela il faut utiliser le décapeur thermique et un bon couteau de peintre, bien aiguisé sur un seul bord et qu'il faudra utiliser avec un angle d'attaque aussi plat que possible de telle manière qu'il n'endommage pas le bois.

 


les outils indispensables sont:

  • Une ponceuse orbitale de forte puissance (1000 à 1200 Watts), idéalement une machine professionnelle (voir FEIN®).
  • Une ponceuse vibrante triangulaire d'au moins 250 Watts.
  • L'outil multifonction FEIN® MULTIMASTER®.
  • Un décapeur thermique avec réglage de la température.
  • Une meuleuse d'angle montée avec un disque à poncer grain 24, 40, 60 pour "attaquer" les zones qui résistent au décapeur (attention toutefois à l'énorme quantité de poussières générées par cette machine et qui demande que la machine soit raccordée à un aspirateur).
  • Un aspirateur "eau et poussières" industriel, idéalement avec démarrage automatique (pour éviter les allers et retours entre le poste de travail et l'aspirateur).
  • Un tuyau supplémentaire pour l'aspirateur.
  • Une échelle.
  • Une escabelle.
  • Un petit échafaudage pour être à l'aise car les barreaux d'échelle deviennent vite inconfortables voir douloureux pour la plante des pieds à la longue.
  • Un ou plusieurs moyens d'éclairage, baladeuses, projecteurs, lampes frontales...
  • Masques anti-poussières avec valves, j'insiste surtout pour ceux qui comme moi doivent porter des lunettes, car sans valve, l'air expiré sort par le haut et vient embuer les lunettes à chaque expiration, ce qui oblige à travailler en apnée ou uniquement à l'inspiration, ce qui n'est pas très confortable, un masque avec filtre(s) à charbon actif lorsqu'on abordera la manipulation des produits chimiques (peintures, apprêts et époxy).
  • Des lunettes de protection fermées.
  • Un casque anti-bruit efficace.
  • Des gants, plein de gants, en cuir pour le travail au décapeur (c'est chaud l'air à 600°!), en tissu avec une partie caoutchoutée pour les autres travaux et en latex pour la manipulation des produits de peinture et l'époxy.
  • Quelques tenues jetable de peintre en papier.
  • Une casquette pour se protéger les cheveux de la poussière.

 

Ensuite, il reste à déterminer la méthode de travail.

 

J'ai opté pour une inspection générale de la coque à l'aide du seul couteau de peintre, destiné à ôter la peinture craquelée et à dégager sommairement les fissures entre les lattes afin de déterminer quel type d'outil à mettre en oeuvre pour élargir les espaces inter lattes.

Une fois les zones endommagées délimitées, j'ai donné la priorité à l'étrave, car c'est là que se situent les dégâts et où il faudra remplacer des pièces ce qui signifie qu' il faut arriver au bois le plus vite possible afin de tracer et couper les différentes pièces.

 

DSC08928.JPG

Les fissures au niveau de l'étrave avant décapage et ponçage.

DSC08937.JPG

Après un décapage et un ponçage rapide.

DSC08938.JPG

Des dégâts limités après 38 ans passés dans l'eau salée, ce qui prouve que le bois est vraiment un matériau de choix pour la construction navale. Ils pourraient être réparés en comblant avec de l'époxy chargé, mais je préfère effectuer un travail plus propre et plus respectueux.

DSC08941.JPG

Traçage de l'enture

DSC08947.JPG

Les deux premières coupes effectuées, et nettoyées au moyen de multimaster et d'un lame de scie destinée au métal, car l'acajou est si dur qu'il n'est pas possible d'y insérer une vis par exemple. A noter que la découpe est faite en oblique pour augmenter la surface de collage.

DSC08953.JPG

L'étrave n'est pas encore décapée entièrement, ce qui va s'avérer indispensable pour mieux cerner l'étendue des réparations à effectuer.

 

 

 

Après un jour de travaux un peu dispersés, nous sommes entrés dans le vif du sujet, et comme il n'est possible d'utiliser qu'un seul décapeur thermique, j'ai laissé Lionel à l'avant pour ôter le plus de peinture possible de part et d'autre de l'étrave, pendant que je commençais à ôter le mastic polyester entre les lattes et que j'agrandissais uniformément les fissures au moyen de mon couteau et surtout du MULTIMASTER® équipé de la lime demi-ronde en concrétions de carbure, celle destinée au départ à l'enlèvement des joints de carrelage, mais qui possède toutes les qualités requises pour agrandir de manière uniforme les écarts entre les lattes. Toutefois, il faudra prévoir un moyen de nettoyer cette lime, car elle a tendance à s'engorger au contact de la peinture. Ne possédant pas la pierre de nettoyage, j'ai opté pour un petit pot rempli de décapant chimique, dans lequel je fait tremper ma lime et que je rince abondamment ensuite (lunettes et gants indispensables, pensez à votre sécurité!).

 

 

DSC08968.JPG

Après cinq heures de boulot.

DSC08970.JPG

DSC08971.JPG

DSC08976.JPG

De nouvelles zones sont délimitées, tracées.

DSC08977.JPG

DSC08979.JPG

Et finalement découpées.

DSC08980.JPG

Le résultat sur tribord.

DSC08984.JPG

 

 

Pour décaper la peinture, il est indispensable, comme pour tous les travaux, de bien poser les bons gestes; C'est la peinture qu'il faut ôter, donc c'est la peinture qu'il faut chauffer et non le couteau.

Il faut choisir le bon embout pour le décapeur, en fonction de la zone où on va travailler, ne pas vouloir aller trop vite et avoir envie d'avoir terminé avant de commencer et donc traiter seulement de petites aires de travail à la fois, j'ai choisi des carrés de plus ou moins 20 cm de côté que je chauffer bien uniformément, ensuite j'éloigne l'embout du décapeur, que je dirige déjà vers la zone contiguë et à l'aide du couteau très incliné, j'ôte facilement la partie chauffée sans endommager le bois.

 

DSC08964.JPG

Avant!

DSC08990.JPG

Après!

 

Ce n'est pas le plus passionnant des boulots je l'avoue, mais il faut le faire et le faire bien! afin d'éviter de devenir fou ou de se payer une tendinite au pouce au bout de trois jours, il faut se fixer des limites journalières et ne pas vouloir en faire trop. Par exemple, une zone de deux mètres carrés prend plus de trois heures car il faut arrêter le décapeur toutes les vingt minutes pour éviter la surchauffe de l'outil, ajouter à cela le temps nécessaire à la mise en oeuvre des accessoires tels que l'allonge électrique, l'échelle, les outils les vêtements et quatre bonnes heures se sont passée, ce qui correspond au nombre d'heures que je me suis fixé par jour, le bagne c'est fini et à trop vouloir en faire, on fini par mal travailler. Donc, j'ai subdivisé la coque en autant de zones à traiter et je me tient uniquement à celles-ci, sauf le dernier jour où départ en vacance approchant j'ai voulu en faire un peu plus et je le paie par un pouce douloureux qui m'empêche de tenir mon couteau efficacement.